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Jeudi 12 mai 2005

 

HAÏKU

A QUI

 

O    Q

 

Haïku

 

 

Les « Haïku » sont des petits poèmes japonais de trois vers, c’est tout.

 

On n’y fait pas d’étalage, ni de bavardage, ni bien sûr de romantisme.

 

 

Ce sont de brèves suggestions qui ouvrent la porte au vent de l’esprit.

 

 

Ces trois vers brefs visent uniquement le ressenti capté du poète, en toute humilité, et s’écrit comme une note griffonnée ou comme un message envoyé qui devra être saisi et prolongé par le destinataire.

 

 

Voici un petit haïku français bien réussi :

 

 

                        Les sanglots longs

 

                        Des violons

 

                        De l’automne.

 

 

Les trois vers suivants, développés par Verlaine : bercent mon cœur /d’une langueur/monotone sont superflus pour un Haïkiste. C’est au lecteur de poursuivre mentalement le poème pas à l’écrivain.

 

 

C’est donc la forme la plus contractée de la poésie. Le mode oriental, ascétique, est sous l’influence du Bouddhisme. Il y a un souci constant de s’effacer devant une émotion ou plus un émerveillement.

 

Toutefois le haïku ne dédaigne ni trivialité, ni humour.

 

 

Je m’y suis collé sans grands succès. L’art est difficile.

 

 

Afin de donner de la « glisse » aux haïku, j’indiquerai entre parenthèses et en italique quelques mots permettant de connaître le contexte, d’aider à percer le mystère et de favoriser la méditation.

 

 

Je vous souhaite de bien profiter de ces brefs attendrissements (parfois) ou émotions (toujours), à vous de les accommoder et de les prolonger.

 

 

En retour n’hésitez pas à en faire, je serai ravi de les lire. Réussi pas réussi qu’importe : il faut s’y coller, c’est trop fun !

 

( pour plus d’explications je peux indiquer un bouquin sur ce genre de poème)

 

 

 

 

 

 

Quelques uns que j’ai recueilli :

 

 

Le cri du cormoran                       Le son du cor

 

Le soir                              le soir

 

Au dessus des jonques             au fond des bois

 

 

On aurait presque pu en faire avec : L’odeur de la papaye verte, Du vent dans les branches de sassafras, La vie rêvée des anges.

 

 

Les miens :

 

 

(1) Au soleil couchant

 

La mer cuivrée saigne

 

Jusqu’à mes pieds.

 

(moments inoubliables d’un coucher de soleil à cannes)

 

 

(2) Le malheur

 

est venu de bonne heure

 

ce matin

 

(humour)

 

 

(3) Un jour

 

c’est vrai

 

je par-tiret

 

(humour facile sur le langage)

 

 

(4) Le lion mange

 

à sa fin

 

Gong

 

(un peu tiré par les cheveux)

 

 

(5) Les jambes de la dame

 

flageolent

 

Grelots.

 

( une vieille dame sort du dispensaire)

 

 

(6) La palourde baille

 

chaleur

 

ouverte

 

(un peu coquin, la palourde c’est la représentation du sexe féminin en japonais)

 

 

(7) Il parle, il parle, il parle

 

Silence de tête.

 

Même pas une mouche

 

(en réunion)

 

 

(8) Il dévide, il dévide en persiflant

 

sa langue.

 

Caméléon

 

(en réunion)

 

(9) l’écriture tue

 

silence

 

de la plume

 

 

(10) Je casse le silence

 

avec mes mains

 

clap

 

(concret)

 

 

(11) Le lac des cygnes

 

Un grand amour perdu

 

Soupirs de fêtes.

 

(en raccourci une histoire d’amour)

 

 

(12) La tour de Montléry

 

qu’on voit partout devant les cimes des nuages.

 

Le mont Fuji.

 

(aperçu journalier 

 La fin « Le mont Fuji » signifie : ce qu’il y a de plus beau. C’est le plus pénétrant de mes poèmes.)

 

 

(13) C’est l’heure où sortent

 

Les bonhommes de neige

 

Fizz…

 

 

(14) Chacun d’eux meurent

 

sur moi

 

suis-je ?

 

( de la compassion)

 

 

(15) Le metteur à l’aise

 

parle

 

s’en va.

 

 

(16) pèlerin de l’espoir

 

Baise la terre

 

Robe blanche maculée

 

(arrivée du Pape à Cuba)

 

 

(17) Repentance partout

 

les hommes parlent

 

cri du coucou.

 

(actualité)

 

 

(18)Les moutons se blottissent

 

Il ne fait pas froid

 

Grève.

 

(aperçu de l’intérieur d’un train un jour de grève)

 

 

 

 

(19) morsure de bise

 

yeux crispés

 

Général Hiver

 

 

(20) élagage

 

repousses rouge

 

hiver pimenté.

 

(les buissons en hiver)

 

 

(21) larmes brûlantes

 

gros chagrin

 

Le soleil se cache.

 

 

(22) pic vert à béret rouge

 

aspire des lombrics

 

et vol bref ondulé

 

(tentative de description d’un pic vert au jardin)

 

 

(23) l’église auréolée d’orange

 

la nuit 

Mont Saint Michel.

 

(j’ai substitué au Mont fuji)

 

 

(24)Orange en forêt

 

Silence du bois

 

Un couple marche 

déclaration de revenus.

 

(Un coucher de soleil alors que tout semble tranquille)

 

 

(25) splendeur dorée du forsythia

 

le bourdon titube

 

printemps

 

(arrivée du printemps)

 

 

(26) l’horizon infiniment plombé

 

la goutte perle

 

la vitre pleure

 

 

(27)l’éclat de rire

 

du croissant de lune

 

au printemps

 

(c’est  l’inverse des sanglots longs…)

 

 

(28)Quel brouhaha

 

les oiseaux sont désaccordés

 

matin de printemps

 

 

(29)Chaque étoile cristalline

 

perce le firmament

 

toutes les nuits

 

 

(30) Enterrement des souvenirs

 

je boirai seul

 

quasiment heureux

 

 

(31) Coquelicot irisé

 

 beauté du diable rouge

 

été ouaté.

 

 

Puis, pour finir, après l’hiver, le printemps, voici l’été :

 

 

(32) Lucifer

 

touille le charbon

été accablant

 

 

(33 les lentilles vertes

 

raniment l’eau noire

 

étang d’été.

 

(traduit directement du japonais :      lé lan til vert

 

                             ra nim lo noir

 

                             étangdété)

 

 

(34) Massifs hortensias

 

sous crachin

 

Côte d’armor

 

 

(35) Les bons gros soleils

 

prient l’astre

 

toute la journée

 

(soleil et soleils)

 

 

Enfin il ne faut pas oublier que :

 

 

(36)  la nuit

 

on bronze le plus

 

à la lueur du rêve d’herbert

 

 

l’été encore :

 

 

(37) les lucioles

 

phares des herbes sauvages

 

clignent ;

 

 

et pour finir :

 

 

(38) le silence

 

si long

 

que vibre le vide.

 

 

 

 

Et maintenant voici de véritables Haïku japonais :

 

 

Dans la jarre d’eau

 

Une fourmi

 

Sans ombre

 

Seishi

 

 

Brume et pluie

 

Fuji caché. Mais cependant je vais

 

Content

 

Bashô

 

 

La rivière d’été

 

Passée à gué, quel bonheur

 

Savates à la main

 

Buson

 

 

Le foulard de la fillette

 

Trop bas sur les yeux

 

Un charme fou

 

Buson

 

 

Tous les cris des marchands ambulants

 

Se sont tus

 

Midi. Les cigales.

 

Shiki

 

 

J’ai emprunté ma chaumière

 

Aux puces et aux moustiques

 

Et j’ai dormi

 

Issa

 

 

Je lève la tête

 

L’arbre que j’abats

 

Comme il est calme

 

Issekiro

 

 

Tout le monde dort

 

Rien entre

 

La lune et moi

 

Seifujo

 

 

Ça, ça

 

C’est tout ce que j’ai pu dire

 

Devant les fleurs du mont Yoshino

 

Teishitsu

 

 

 

 

Le carrelet

 

N’a pu pêcher

 

Le reflet des étoiles

 

Kinsha

 

 

 

Ecrit en japonais « neko ni kuwareshi o

 

                               Kôrogi no tsuma wa

 

                               Sudakuran

 

 

Traduction :

 

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