LES PLANTES VERTES :L'HOMME EN GRIS...,!?!
Je n'ai pas voulu dire adieu à mes illusions sur ce quai triste et froid de gare si anonyme, parties pour un temps qui court de plus en plus vite... Mon cactus de première classe m'avait accompagné, plus triste qu'un saule, car seul je n'aurais pu, il l'a deviné faire semblant d'être détaché... Un kleenex a vomi des larmes amères en s'envolant dans le souffle du train.
Je n'ai jamais aimé les trains, ni à grande ni à petite vitesse comme le tortillard des Alpilles qui bouffe du charbon et secoue qui veut le prendre et fait croire que nous sommes au far-ouest ; il est vrai que la nature humaine rejette et reprend les choses dès que sa mémoire lui dit qu'il manque quelque chose de poétique ! J'en suis là de mes pensées vidées d'illusions pour un temps et je m'aperçois qu'un homme étrange me regarde comme si j'étais une chose bizarre... Il a vraiment l'air interloqué par ma présence et se tourne vers mon cactus pour lui dire :
- Mais comment faites-vous pour accompagner un homme si morose ? Mon cactus me tire par les branches et ne répond pas. Mais l'homme gris et étrange nous suit et insiste en cueillant une primevère qui pleure de dégoût de s'être donnée tout ce mal pour qu'on la coupe si vertement et avec un mépris total de ses efforts... L'homme gris tend la primevère, fleur asphyxiée coupée de sa famille si brusquement à mon cactus qui pourtant fort peu vindicatif se met à tourner comme un fou autour de l'homme gris tout en lui arrachant au passage la fleur blessée qu'il pique en ses épines. Puis il s'arrête enfin de tourner et se plante tout droit devant l'homme gris devenu jaune, ceci si brusquement que l'homme gris reste les yeux roulants dans les orbites et l'air légèrement vacillant, malgré les efforts qu'il semble fournir pour rester debout... il reste coi... et nous le laissons tel que sur la sortie de gare triste et sombre au soleil du soir ....
Le chemin fut long jusqu'à ma demeure. L'escalier pourtant, sachant ma peine, fut bien tendre à mes pas... Le concierge qui m'avait vu partir avec cactus, sorti un air chagrin sur sa tête posée en vinyle de bakélite, parcourue par un diamant usé et sautillant dans les sillons de ses rides .
Il compatissait à ma perte... Il avait lui même eu peu d'illusions, mais il le montrait à qui voulait le voir par une sanglante cicatrice laissée par leur départ .
Je ne voulais pas imaginer que j'aurais un jour ce genre de stigmates . Et je me mis à genoux devant un citronnier aigri ce jour et peu réceptif à ma peine... Je n'intéressais personne. Les Plantes étaient très occupées à des conciliabules qui remettaient en cause le geste de l'homme en gris... Je n'avais rien fait pour empêcher ce crime et cela m'était reproché. Je pris délicatement la primevère coupée et pendante et la déposai dans une petite cuillère de sucre fondu... oh! pas beaucoup juste de quoi lui redonner quelques couleurs et quelque maintien de sa lourde tête si triste....j'eus un instant très fugace le sentiment (ou l'impression) que ce geste fût apprécié....Un Philodendron fit goûter de ses racines à ciel ouvert deux gouttes de sève, sur la tige poilue et tranchée de la primevère... Lui si peu intéressé d'habitude par autre chose que lui-même me surprit un peu... Je m'étale de toute ma surface sur un tapis rouge et noir qui s'envole aussitôt vers mes illusions parties pour leur faire un petit signe de la main... Elles ne me voient pas et je reviens sur mes douleurs, au milieu d'un spectacle à ne pas rater : Une liane d'Orchidée tigrée de carmin s'est offerte en sacrifice, par un trou béant et luisant de sève, larmes de souffrance retenues, elle hoquète pour la parure d'une primevère blessée, coupée de sa mère, et halète des souffres d'étamines en greffant cette inconnue au teint bleuté, sous sa grande corolle torturée mais si majestueuse. Les Plantes ont l'esprit du cœur qui ne bat pas sous leur écorce ou leurs tiges et un esprit de sacrifice si naturel et parfait que j'en oublie mes illusions parties en vadrouille... pour des pensées joyeuses de Plantes Vertes conscientes et satisfaites d'un devoir accompli.
Leurs pensées m'effleurent alors comme pour me pardonner le non-geste salutaire que je n'ai pas, moi, accompli. Elles me dorlotent de leur chant et de leurs arômes de terreau et de sève mélangés, de pots-de-terre cuite vernissés, de jardinières de porcelaine en soupières improvisées. Elles balancent mollement leur délicat parti de prendre une orpheline et mon âme dans le même état et me bercent dans leurs bruissements simples et pourtant démesurés de discrétion... Je m'endors sous leur charme certain , comme une feuille d'érable sur un drapeau ou un cèdre énigmatique sur les couleurs d'un pays lointain où sourde la vie qui prend le pas sur la mort.
Les Plantes Vertes sont admirables... et ces mots scellent notre amitié, et les portes d'un cerveau en guenilles sur un repos à rêves de plantes...
AUDE WIE
PAINT : les pres s'envolent ou les migrantes
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